Pour moi Lazare c’est le paradis, je veux finir mes jours ici !

Je m’appelle Christian et je vais avoir 62 ans en mai. Je suis arrivé à Lazare il y a 8 mois et demi après 11 ans dans la rue à Paris. Je suis d’une famille de 13 enfants, mais un jour ma mère est partie avec les 5 derniers en me laissant à ma grande sœur. Je ressemblais beaucoup à mon père physiquement, je pense que c’est pour ça. Au début on a gardé des liens, aujourd’hui je n’ai plus aucune adresse. Je sais qu’un de mes sœurs est morte à 42 ans, donc c’est facile : son adresse c’est là-haut.

Dans ma vie j’ai fait pas mal de boulots sans qualification : gardiennage, agent de sécurité incendie, vigile. A la fin j’étais concierge dans un immeuble à Paris pour avoir un toit. Et puis un jour je suis parti à la rue sans prévenir personne. Je crois que j’avais un ras-le-bol généralisé, l’impression d’avoir raté ma vie. Je me suis dit : « je vais mourir concierge, autant mourir en liberté. » Je ne cherchais pas d’aide, je ne touchais pas le RSA, je ne faisais pas la manche, je pensais que j’allais mourir, je me nourrissais dans les poubelles des magasins.

La première année je suis devenu touriste de Paris : j’ai pris un plan et j’ai tout visité, les jardins, les églises, les cimetières, puis la banlieue. Je marchais énormément. La deuxième année je suis tombé sur un livre, « La Vierge Noire », et je me suis mis à lire sans pouvoir m’arrêter. 200 livres en un an. J’étais très heureux au début dans la rue, je me sentais libéré : plus d’administratif à faire, plus de peur de la mort. En onze années de rue je n’ai pas connu de violence. Je pense que c’est parce que je remerciais Marie tous les soirs. Les premières années je dormais près la Madeleine dans un renfoncement de porte, puis aux Champs Elysées, et à la fin j’étais le long du Parc des Princes. Derrière les barrières de sécurité à l’endroit où ils les rangent.

C’est là que j’ai rencontré Jean-Claude, qui promenait son chien le soir. On discutait souvent, c’est arrivé qu’il m’héberge pour une nuit chez lui avec sa femme Marie-Ange. Et puis j’ai rencontré un gars qui avait une tente quechua et un chien, et m’a proposé de faire équipe avec lui. Je commençais à en avoir marre de la rue, alors j’ai accepté. On dormait derrière le stade avec le chien, jusqu’à ce que la police nous déloge. C’est par ce monsieur que j’ai rencontré « le Libanais » qui m’a parlé des Captifs, en me disant qu’ils pouvaient m’aider à refaire mes papiers. Alors j’y suis allé, et puis j’ai été logé à Hiver Solidaire. Il y avait une super ambiance et le responsable a essayé de tous nous trouver un logement. C’est à ce moment là qu’on m’a parlé de Lazare Vaumoise, une maison près de Paris à la campagne dans le coin de mon enfance. J’avais très envie de retrouver un toit et de quitter la ville, j’ai dit oui tout de suite. Ma dernière nuit à Paris j’ai croisé Jean-Claude à qui j’ai annoncé la nouvelle. Il a été triste de savoir que j’allais partir et m’a invité à dormir chez lui une dernière fois. On s’attache.

Mon premier souvenir ici à Vaumoise c’est Thibault qui m’a accueilli avec beaucoup de gentillesse, et le verre de Pulco que m’a offert Adélaïde. J’ai arrêté de boire de l’alcool d’un coup à mon arrivée. Je tremblais au début parce qu’il fallait que je sois sevré. Micheline, la responsable « patient expert » de Lazare m’a aidé. La marche à pied a aussi été d’un grand secours : je vais souvent marcher près des étangs, à un endroit qui s’appelle « Le Maroc » parce qu’on dit que le roi du Maroc y a eu une maison.

J’aime les jeunes actifs ici, ils mettent de la vie, ils ont de l’humour et ils sont plein de vie.

On est partis en week-end au Mont Saint Michel en coloc avec eux. Vraiment Lazare Vaumoise c’est le Paradis pour moi, c’est là que j’ai envie de finir mes jours.Je n’oublierai jamais le cri des tourterelles quand je suis arrivé. J’attends qu’elles reviennent à la fin de l’hiver.

Je rejoins Lazare

Maison des femmes à Genève

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